Dali Najeh précise que parmi les impacts les plus attendus des
changements climatiques en Afrique et dans la région méditerranéenne sont perçus sur l’agriculture. et les
écosystèmes naturels. En effet, les ressources naturelles et l’agriculture constituent des secteurs clefs pour le développement économique et social
des régions africaine et méditerranéenne. En effet, pour de nombreux pays le secteur
agricole continue à représenter la principale activité économique dont la
contribution au PIB et à l’emploi peut atteindre respectivement 25 % et 40 %.
Egalement les ressources naturelles et la production agricole assurent dans une grande
partie du monde rural africain et méditerranéen la sécurité alimentaire des populations dont
le mode de consommation alimentaire reste lié à l’autoconsommation des produits locaux.
Cependant l’état des ressources naturelles et de
la production agricole dans ces deux régions reste lié à la conjoncture climatique qui se distingue sur le plan pluviométrique par une certaine irrégularité notamment dans
les zones affectées par l’aridité. De ce fait, le changement climatique risque
d’aggraver la dégradation des ressources naturelles et de la production
agricole surtout en raison de la réduction des précipitations dans des zones
qui souffrent déjà d’un stress hydrique contraignant.
En dépit de leur vulnérabilité par rapport à la
variabilité climatique, Najeh Dali précise que les ressources naturelles et
l’agriculture ont des capacités d’adaptation qui sont liées à la fois au
potentiel de résilience naturelle des espèces végétales et animales. En outre,
les populations locales ont développés des savoirs faire et des pratiques agricoles permettant à faire
face à cette variabilité. Ainsi, l’adaptation au changement climatique qui constitue un
nouveau défi pour le secteur des ressources naturelles et de l’agriculture pourrait
valoriser les acquis naturels et les savoirs faire mis au point dans ce domaine
au niveau des régions de l’Afrique et de la Méditerranée.
Il est attendu que des réductions des surfaces
propres à l'agriculture et du potentiel de production, particulièrement en
marge des zones semi-arides et arides. Ceci aurait un effet néfaste supplémentaire sur la sécurité alimentaire et aggraverait la malnutrition dans le continent. De même, des risques
sur la santé humaine, liés notamment à l’extension géographique des régions
favorables à l’apparition des maladies à transmission vectorielle, comme la dengue,
sont à craindre. D’autres maladies à transmission hydriques liées à augmentation de la fréquence des inondations
et à la difficulté d’approvisionnement en eau potables sont également à
craindre. Enfin, les deltas fortement peuplés d’Afrique figurent parmi les
régions les plus vulnérables à une élévation du niveau de la mer.
Sur les rives sud de la Méditerranée ,
les rendements des cultures pluviales seront exposés à des réductions qui pourraient
atteindre 50 % vers la fin du 21ème siècle. La hausse projetée de niveau de la mer touchera
d’importantes régions côtières à faible altitude et très peuplées comme le
delta du Nil. Des impacts importants sont également attendus sur l’activité
touristique, essentiellement balnéaire, qui prospère sur les bords de la
Méditerranée.
En ce qui concerne l’agriculture ce secteur selon Najeh Dali est un important pilier de
l’économie dans la majorité des pays africains. Elle assure avec les ressources naturelles en Afrique sub-saharienne la subsistance pour 70% à 80% de la population, contribue avec
30% au PIB et fournit 40% de la valeur des exportations. L’agriculture assure
également l’essentiel de l’emploi dans de nombreux pays notamment en zones rurales où l’activité agricole reste liée à la pluviométrie. De ce fait, la
région africaine est très vulnérable au changement climatique et la sécurité alimentaire
dans beaucoup des pays africains sera davantage affectée par l’impact du CC sur
la pluviométrie, la température et sur la fréquence des extrêmes climatiques.
L’impact du CC peut se traduire sur le plan agricole par
la réduction du cycle végétatif et la baisse des rendements surtout dans les
zones semi-arides et arides où la sécurité alimentaire sera menacée et la malnutrition accentuée: dans
plusieurs pays, les rendements de l’agriculture pluviale pourrait diminuer de 50% en 2020. Par ailleurs, la multiplication des périodes de sécheresse pourrait
considérablement affecter la disponibilité des produits alimentaires dans la
majorité des pays africains notamment sub-sahariens et du Corn de l’Afrique
ainsi que dans certains pays de la Méditerranée , comme c’est le cas en 1983/84,
1998/2001, 2003/04 et 2005/06. La multiplication des épisodes de sécheresse va augmenter certainement le recours à l’irrigation et accentuer les mouvements d’exode et d’émigration notamment à partir des zones rurales défavorisées.
La région méditerranéenne dont l’agriculture se
distingue par de nombreuses cultures spécifiques (olivier, vignes, les agrumes, maraîchage, etc.) risque d’être fortement affectée par les effets du CC à la fois
sur ces cultures et sur les ressources naturelles (notamment eau et sol) qui
sont utilisées pour la mise en culture des espèces fruitières et maraîchères spécifiques de la région.
En ce qui concerne les Ecosystèmes naturels, aujourd’hui, en Afrique, les écosystèmes subissent une forte
pression anthropique et des mauvaises pratiques agricoles, pastorales et forestières. Les effets visibles de cette pression concernent la perte de la
biodiversité, la détérioration du couvert végétal et la diminution de la
disponibilité de l’eau en raison notamment de l’érosion hydrique des bassins
versants et de la surexploitation des aquifères. Le changement du climat va se
traduire par davantage de stresse pour une situation déjà dégradée de
l’écosystème. A ce propos, une augmentation des températures moyennes de plus
de 1°C
causerait des altérations significatives pour l’équilibre et le fonctionnement
naturel des écosystèmes africains et méditerranéens.
Cette menace est assez sérieuse pour les
écosystèmes arides et semi-arides qui ont déjà atteint leurs seuils de
tolérance, à cause d’une gestion non durable, et certaines de leurs espèces ne
pourront pas s’adapter à des conditions climatiques plus extrêmes. De même dans
ces écosystèmes les territoires menacés par la dégradation des terres, suite à
une surexploitation et par conséquent par la désertification, sont particulièrement
vulnérables.
Couvrant environ 22 % de la région africaine et
45 % de l’Afrique Centrale et le Basin du Congo, les forêts africaines abritent l’une des plus
grandes zones boisées du monde. Ces forêts protègent et
stabilisent les sols, recyclent les éléments nutritifs et assurent la qualité
et le flux d’eau. En outre, elles offrent un service global en absorbant le dioxyde de
carbone qui contribue au réchauffement global. Cependant, on constate que les
forêts disparaissent plus rapidement en Afrique qu’ailleurs dans le monde en
développement: pendant les années 1980, l’Afrique a perdu environ 10,5 % des forêts. De ce fait, même si des réserves forestières sont établies en
Afrique, il y a lieu de prendre très au sérieux la pression humaine sur les
forêts qui sera accentuée par les phénomènes liés au CC.
Dali Najeh :Najeh Dali pour le groupe d’experts
à la conference d Tunis sur les chagements climatiques
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